Le grand cirque continue

25 octobre 2012 | par Interview David Dufresne dans M├ętro


apercu du message

Que pensez-vous de ces nouvelles révélations dans cette enquête ?

Le grand cirque continue. La question cruciale est: pourquoi police et justice ont-elles été si lentes à verser ce relevé au dossier d'instruction? Une des raisons qui se murmure est celle-ci: trois ans et demi plus tard, il n'y a plus d'images de surveillance de ce retrait. Qui s'est servi de cette carte bancaire, dès lors? On ne le saura jamais. Le dossier est bourré de petits arrangements avec la procédure comme celui-ci, de zones grises, de dissimulations policières. Ce qui importe ici est de savoir si, oui ou non, le soir des faits, les policiers filochaient bien, comme ils le prétendent, Yildune Lévy et Julien Coupat. Parmi les témoignages les plus troublants que j'ai pu recueillir, il y a celui d'un gendarme haut gradé, qui a participé à l'enquête, et qui m'affirme : « il n'y avait pas de flics sur place la nuit des sabotages». Il était très convaincant.

 

Signent-elles selon vous la fin de l'enquête sur le groupe de Tarnac ?

C'est à la justice de trancher. L'instruction a changé de main (en partie suite à la publication du livre de David Dufresne, NDLR). Attendons de voir ce que la nouvelle juge va décider. Une chose est sûre: après des années à enquêter sur cette « affaire», j'en suis arrivé à la conclusion qu'elle est normalement... anormale. Nous sommes au cœur d'une petite affaire d'Etat où pouvoir politique, policier, judiciaire et médiatique se sont intoxiqués, avec des moyens à la fois hors du commun (ceux de l'antiterrorisme) et des méthodes banales de basse police.


"Le rôle trouble d'un agent double anglais"


La justice antiterroriste n'est-elle pas définitivement discréditée au vu du traitement de l'affaire ?

Pas seulement, elle. Mais aussi les services de renseignement, dont on attendrait que l'Etat socialiste fasse autre chose que faire valser des têtes, mais aussi le pouvoir politique qui continue à faire de l'antiterrorisme son bras armé, mais encore les médias, à la mémoire courte.

 

Peut-on s'attendre à du nouveau ?

Les avocats ont déposé plusieurs plaintes. L'une d'elles concerne les écoutes téléphoniques de l'épicerie de Tarnac, gérée par une partie des mis en examens. Or s'il s'avère, comme c'est probable, que ces écoutes étaient illégales, c'est tout un pan du dossier d'instruction qui s'écroulerait, et cette fois pour de bon. J'explique dans mon livre que ces branchements ont en effet été effectués dans le plus grand mystère avant toute enquête officielle, et que leur découverte, inopinée, a tout accéléré. Ceci démontrerait l'aspect orchestré de cette "affaire". Il y a encore le rôle d'un agent double anglais, dont le travail d'infiltration policière de la gauche radicale européenne, suscite de vives polémiques outre-Manche. On sait qu'il a ègalement joué un rôle dans ce dossier. Mais lequel, pour quel "service", comment ?