Vous reprendrez bien un peu de Tarnac ?

20 février 2011 | par Marcel Gay paru dans l'Est R├ępublicain


apercu du message

Grâce au Nouvel Observateur, « L'affaire de Tarnac » revient sur le devant de la scène.


Cette affaire démarre en novembre 2008. Une ligne du TGV-Est est sabotée à l'aide un fer à béton posé sur la caténaire dans les environs de Dhuisy, en Seine et Mame. On l'a oublié depuis, mais ce sabotage de la ligne TGV n'est pas un acte isolé. Le même week end, 4 ou 5 autres sabotages au fer à béton ont été constatés dans la région de Senlis et d'Auxerre. Cette opération d'apparence coordonnée avait provoqué une perturbation sans précèdent du trafic des lignes TGV, Thalys et Eurostar durant tout le week end. Les parquets de Senlis et Auxerre, initialement chargés de mener l'enquête, seront vite dessaisis au profit du parquet anti-terroriste. À en croire les éléments parus dans la presse, d'une opération d'apparence coordonnée au niveau national, le parquet est vite passé au seul sabotage de Dhuisy. Et c'est à ce titre, qu'en novembre 2008, « neuf personnes dont Julien Coupat (chef présumé du groupe baptisé "cellule invisible") sont mises en examen pour association de malfaiteurs terroristes. Cinq d'entre eux sont placées en détention provisoire. » Ils seront relâchés au compte goûte, jusqu'à la libération, sous contrôle judiciaire, de Julien Coupat le 28 mai 2009, après 6 mois de détention.

 

En préliminaire, revenons un instant sur l'objet initial du scandale dans cette affaire : celui de la qualification des faits en « actes terroristes ». Cette qualification a permis au parquet antiterroriste, entre autres pouvoirs particuliers, la mise en détention préventive de Julien Coupat et de ses acolytes. Comme le rappelle le Figaro, dans le texte, cette qualification est pourtant nuancée : «  [La qualification] retient le fait d'avoir troublé l'ordre public par « I'intimidation » et non par « la terreur », qualification habituellement retenue pour le terrorisme ».

 

Par ailleurs, rappelons aussi que l'entreprise de sabotage ne mettait en péril aucune vie humaine, comme l'indique cet officier de la gendarmerie :

« Le groupe de saboteurs au fer à béton, lui, ne fait pas courir de risques aux voyageurs. Ses actes entraînent certes une perte de temps pour les usagers et d'exploitation pour la SNCF mais ne portent pas atteinte aux voyageurs ».

Cette première « entorse » rappelée, si vous souhaitez revivre le fil des rebondissements de cette affaire entre novembre 2008 et fin 2010, L’Express y consacre un article très complet.

 

Revenons maintenant au sujet qui nous préoccupe aujourd'hui, un rebondissement surprise, une série de révélations étonnantes du Nouvel Observateur datant du 18 fevrier parus sous les titres « Affaire Tarnac : Les tubes qui accusent Coupat » et « Tamac : Les avocats préparent une plainte pour faux contre la police »

 

  • 5 tubes de PVC sont retrouvées en février 2010 (soit 15 mois après la nuit du 8 novembre) à 20 kilomètres du lieu du sabotage de la ligne TGV de Dhuisy. 
  • 2 des tubes de 2 mètres de long retrouvés sont recouverts de scotch à chaque extrémité, laissant penser qu'ils ont été assemblés et transformés en perche. Ils ne comportent aucune trace ADN, mais des codes de fabrication sont encore visibles, permettant de remonter vers 29 magasins de bricolage de la région parisienne. 
  • Ces codes permettent aux agents de la sous-direction anti-terroriste de mettre la main sur la « pièce maîtresse « (sic) de I'enquête: un ticket de caisse du magasin Bricorama de Châtillon (92) daté du 7 novembre 2008. L'article ne précis pas si d'autres tubes en PVC ont été achetés ce même jour à Châtillon ou dans les 28 autres magasins ayant commercialisé le produit.
  • Le 7 novembre 2008, Julien Coupat, alors suivi (une balise GPS a été placée sur son véhicule) disparaît des radars de la police entre midi et 14h50 dans les environs de Châtillon.
  • Le ticket de caisse Bricorama est émis à I4h20. Il comporte cinq éléments : deux tubes en plastique, servant en plomberie à l'évacuation des eaux, un manchon pour les relier et deux autres articles soldés à 2,50 euros, non identifiés par des codes-barres.
  • Selon le procès verbal de la police ayant procédé à leur filature la nuit du 07 novembre 2008, Julien Coupat et sa compagne auraient été vu à proximité du lieu ou les tubes ont été repêchés. Notons que l'Obs rappelle que les avocats de la défense préparent une plainte pour faux contre la police sur la base des erreurs de retranscription contenues sur ce même procès verbal, erreurs par ailleurs reconnues par les policiers. Plaidant l'erreur humaine, la police a depuis apporté des modifications sur le déroulé des événements.

Les éléments ayant fuités du dossier de I'instruction soulèvent des questions et comportent des contradictions, que curieusement, le Nouvel observateur ne relève pas : 

 
  • Non pas 2, mais 5 tubes en PVC ont été retrouvés dans les fonds de la Marne. Le ticket de caisse (la fameuse pièce maîtresse) n'en comporte que 2. 
  • Nous passons de 29 lieux potentiels de commercialisation des tubes au seul magasin de Châtillon. Cette attention particulière portée au magasin de Châtillon est elle due au fait que Coupat se trouvait dans la région à ce moment précis - ce qui accentuerait la thèse d'une instruction menée à charge ? Ou est elle due au fait qu'aucun tube PVC n'ont été vendus dans la période de octobre-novembre 2008 dans les 28 autres magasins ? 
  • L'obs ne précise pas non plus si ces produits sont des produits de consommation courante ou si leur vente est suffisamment exceptionnelle pour relever être un élément pertinent à retenir contre les auteurs présumés des sabotages. L'obs n'interroge pas non plus ses sources sur le fait que les tubes retrouvés 15 mois après la nuit du sabotage fassent l'objet d'une révélation dans la presse un an après avoir été repêchés dans la Marne. L'hebdomadaire va même jusqu'à se contredire en annonçant en chapeau « des éléments matériels compromettants qui viennent d'être mis à jour par l'enquête sur les sabotages des lignes TGV ». 
  • Si effectivement Coupat et sa compagne ont été vus à proximité du lieu ou les tubes ont été repêchés, pourquoi avoir attendu 15 mois pour lancer des recherches dans les fonds de la Marne, toute proche ? 
  • Et pour finir, à aucun moment la démonstration n'est faite que 2 tubes de PVC peuvent permettre de soulever et de poser un fer à béton sur une caténaire disposé à au moins 5 mètres du sol , et que Julien Coupat ou sa compagne ont eux mêmes effectué cette manipulation délicate.

 

Loin de moi le désir de blanchir Coupat et la bande de Tarnac des faits qui leur sont reprochés par la parquet anti-terroriste. J'ignore totalement ce qu'ils ont effectivement fait les 7 et 8 novembre 2008, et si ils ont un lien ou non avec la série de sabotage constatée ce week-end là. Mais, à la lecture des fuites parues dans la presse, force est de constater que l'instruction, après avoir mal qualifié les faits, après avoir délaissé la piste d'une opération de sabotage coordonnée sur le territoire nationale, après avoir retenu et relâché plus de 20 personnes sans qu'aucune charge ne soit retenue contre elles, continue à se complaire dans I'approximation, voire l’instruction à charge. Et cela pose une question autrement plus importante que celle de I'innocence ou de la culpabilité présumée de Julien Coupat, cela pose la question du fonctionnement d'un parquet anti-terroriste abusivement saisi, ainsi que celle de la possible instrumentalisation de cette affaire à des fins politiques.

 

Un blogueur du Post estime que I'affaire Coupat a été réactivée pour sauver le Soldat MAM. empêtrée dans « I'affaire tunisienne ». Peut être. Si tel est le cas, ce serait d'autant plus drôle que l'affaire Coupat avait été, elle, rnontée en épingle en novembre 2008 pour mieux faire oublier un autre tollé : celui du très contestable et contesté « fichier Edvige », défendu bec et ongles par la ministre de l'intérieur de l'époque, Madame Alliot Marie, avant que son décret d'application soit purement et simplement retiré. L'affaire Coupat semblait avoir pris cette direction, celle d'un non lieu assez piteux, jusqu'à ce que ces nouvelles « révélations » viennent la relancer. Ainsi que les nombreuses interrogations que ce dossier suscite depuis son ouverture. À bien y réfléchir, pas sûr que MAM ait grand-chose à y gagner